Ce que j'aurais voulu te dire ..
Tu le voyais souvent, vous aviez pour habitude de rire ensemble, de refaire le monde autour d’un café, d’un verre de vin, d’une bouteille de Wisky. Tu ne lui disais pas forcément que tu l’aimais, après tout il le savait, et vous aviez la vie devant vous pour vous le dire. Inutile de se presser, tu te disais. Tu savais que tu allais le revoir, le lendemain, la semaine d’après, à son mariage, aux anniversaires des gosses qu’il allait avoir.
Et ce matin là, on t’appelle. Tu décroches, quelqu’un t'annonce au bout du fil te dit qu’il est parti. Sur le coup t’y crois pas, tu ne réagis pas tout de suite. On pourrait penser que lorsqu’on nous annonce une nouvelle pareille on s’effondre forcément immédiatement, d’ailleurs tu ne t’effondres pas tout de suite et tu t’en veux. A l’enterrement tu regardes ce qu’il se passe, après avoir pleuré toute la nuit, tu te sens vidé, tu ne peux même plus pleurer, t’as envie de claquer contre un mur tous les gens qui te disent de rester courageux. Ton cerveau te protège mais tu le ne sais pas. Tu ne sais pas pourquoi tu ne pleures plus. Le soir même, tu t’effondres, tu te demandes pourquoi, tu ne comprends pas. Tu parles de lui avec les autres, et vous vous surprenez à rire. Vous vous en voulez, de rire en de pareilles circonstances, et tu fais la liste dans ta tête de tous les instants où tu aurais pu le prendre dans tes bras, tu te demandes pourquoi tu ne l’as pas fait.
Le lendemain matin, tu repenses au dernier moment où tu l’as vu, et tout ce qui semblait ne pas vouloir sortir quand tu étais avec tous les autres hier soir, t’arrives en pleine figure. Tu pleures à n’en plus pouvoir, pendant de très longues minutes tu te dis que la souffrance que tu ressens maintenant est trop forte pour être supportée, tu te demandes pourquoi t’es là, tu te demandes comment faire pour l’abréger cette putain de souffrance. Ca fait tellement mal, ton coeur se tord, tu tentes de reprendre ton souffle, tu te dis que c’est la fin, que tu ne pourras pas supporter ce mal-être le reste de ta vie. Quelques heures après, le calme s’installe, tu es mélancolique, toujours très triste, mais tu réalises que mettre fin à tes jours pour tout supporter n’est pas une solution, en plus tu le connais, tu sais qu’il ne t’aurait jamais laissé penser comme ça. D’ailleurs quand tu parles de lui, tu hésites à parler au passé, au présent, au conditionnel. Tu réalises que ce sera très difficile, mais que tu vas devoir le supporter, de toute façon tu n’as pas le choix. Les autres comptent sur toi, tu te dis que jamais tu ne pourrais leur faire endurer à nouveau cet effroi.
Tu vas jusqu’à te demander comment certaines personnes font pour rester en vie quand elles ont tout perdu. A quoi est-ce qu’elles s’accrochent, à quoi bon ? On se demande comment il est possible de faire le deuil d’un être cher. On doute souvent de nos capacités, mais on a pourtant cette faculté, de faire face à l’impensable. De vivre en apnée, de remonter, de parvenir à continuer, sans jamais oublier. C’est ce qu’on appelle la résilience.
Bien sûr parfois la détresse revient, comme aujourd’hui, et aujourd’hui tu ne vois plus d’issue, tu regardes par la fenêtre longuement en fixant le sol. Tu vas travailler et en attendant le bus tu te fais un film dans ta tête.
Tu t’en veux d’avoir des pensées morbides, tu te trouves tellement égoiste, c’est lui qui est parti. Et toi qui as la chance d’être encore là, tu as des pensées morbides et tu joues au dépressif. Pfff, mais tu te fous de la gueule de qui ? Et voilà que tu t’auto-flagelles pour rien. Donc tu continues. Tu as vu que tout ne tenait à un fil donc tu ne veux plus entendre parler du moindre projet, tu vis au jour le jour.
Les mois passent, tu passes par toutes ces phases, encore et encore, tu t’enfonces, tu penses, tu pleures, tu agonises de l’intérieur, quand soudain tu arrives plus facilement à te lever le matin, tu arrives à rire, à faire des blagues à la con, à vouloir des gosses, ceux qui ne connaissent pas ton histoire ne se douteraient pas une seconde du brouahaha intérieur qui t’anime. Ils ne se doutent pas de l’état dans lequel tu seras peut-être ce soir quand au détour d’un café tu entendras cette chanson qui te fera penser à lui, quand en regardant cet acteur parler, tu l’entendras lui. Quand tu arriveras à tout ramener à lui.
Le temps va passer, quand tu penseras à lui tu ne pleureras pas toujours, tu vas réussir à vivre avec, tu vas te reposer sur les gens qui t’entourent pour y arriver, sur tous les gens qui t’aiment. Evidemment à cet instant tu n’y crois pas, et puis tu n’as pas envie d’y croire. Tu veux pleurer quand tu penses à lui, tu veux te rappeler à quel point il était exceptionnel, tu veux te rappeler qu’il te manque, tu ne veux pas accepter, ni faire le deuil, mais pourtant tu vas le faire. Et crois-moi tu vas y arriver. Tu n’es pas le premier ni le dernier à passer par là. Même si parfois tu te dis que personne ne peut comprendre ce que tu ressens, évidemment que ta souffrance t’appartient, évidemment qu’on n’est pas tous pareil, mais on a tous cette résilience en nous. On a tous un cerveau qui veut nous protéger. Et on veut tous vivre pour lui. Crois-moi, tu vas y arriver. Je te le promets. À 19 ans, si longtemps après j’ai du apprendre à faire mon deuil de toi, car finalement je ne l’avais pas fait. J’avais envie de te dire tout ce que j’aurai aimé te dire avant que tu abandonnes tout. Parce que tu étais formidable, tu ne jugeais pas, tu n’aimais pas les gens par intérêt tu les aimais comme ils étaient.. Le monde avait besoin de quelqu’un comme toi, j’avais besoin de toi. Tu ne pouvais pas partir. Je demanderai à te revoir toi, le temps de mes petites peines, te demander tes beaux conseils, entendre tes compliments, tes mots pleins d’amour, te dire ce que je suis devenue depuis que tu n’es plus là, et je suis certaine que toi, tu serai fier. Je te raconterai quelques rêves que j’ai réussi à réaliser, Ce sont les meilleurs qui partent en premiers, tu étais, resteras, le meilleur.
parce qu'aujourd'hui, je deteste encore ce putain de jour.


